
Folell’Hy est la première unité pilote de production, de stockage et de distribution d’hydrogène vert en Corse. Implantée directement sur notre centrale solaire de Folelli, à Penta-di-Casinca, elle est équipée d’un électrolyseur de 150 kW permettant de produire environ 20 kg d’hydrogène par jour, de stocker jusqu’à 100 kg et de le distribuer.
Son objectif est de démontrer concrètement comment l’électricité renouvelable produite localement peut être transformée en hydrogène, stockée puis utilisée pour de nouveaux usages. L’hydrogène produit alimentera notamment Alba, le navire-école électro-hydrogène du lycée maritime de Bastia.
Folell’Hy est en premier lieu un démonstrateur. Il doit nous permettre d’acquérir un retour d’expérience sur l’ensemble de la chaîne, de la production à l’usage, et d’étudier les conditions techniques et économiques permettant demain de reproduire ce type de modèle à plus grande échelle.
Folell’Hy constitue également la première brique concrète de notre projet de R&D Alchymiste, lauréat de la 11e vague du concours i-Nov dans le cadre de France 2030. L’objectif est de valoriser sous forme d’hydrogène l’électricité renouvelable qui ne peut pas être injectée sur le réseau, notamment lors des périodes de forte production. Plutôt que de perdre cette énergie, elle est utilisée pour produire de l’hydrogène renouvelable, qui peut être stocké.
À terme, Alchymiste vise à utiliser cet hydrogène pour contribuer à décarboner la production électrique des territoires insulaires, en l’injectant dans les centrales thermiques en substitution d’une partie des combustibles importés. Le projet répond ainsi à un double enjeu : permettre d’intégrer davantage d’énergies renouvelables dans des réseaux insulaires contraints et réduire l’utilisation d’énergies importées pour produire l’électricité lorsque les renouvelables ne suffisent pas.
- Pourquoi le stockage d'énergie est devenu nécessaire dans la production renouvelable ?
Le développement massif des énergies renouvelables transforme le fonctionnement du système électrique. Le solaire et l’éolien ont des productions variables : ils produisent en fonction des conditions météorologiques, pas nécessairement au moment où la consommation est la plus importante.
Plus leur part augmente dans le mix électrique, plus le système a donc besoin de flexibilité pour maintenir en permanence l’équilibre entre production et consommation. Le stockage par batteries constitue l’une des réponses à cet enjeu : il permet d’absorber de l’électricité lorsqu’elle est abondante et de la restituer lorsque le réseau en a besoin. Il fournit également des services essentiels à la stabilité du réseau.
Chez Corsica Sole, nous travaillons sur ces problématiques depuis 2009, d’abord en Corse et dans les zones insulaires. Nous les retrouvons aujourd’hui à l’échelle des grands réseaux continentaux, notamment avec nos projets de stockage en France et en Europe.
Le stockage devient ainsi une infrastructure à part entière du système électrique : le développement des renouvelables doit s’accompagner du développement des moyens de flexibilité nécessaires à leur intégration.
- Quelle est l’évolution du modèle économique du solaire face à la remise en question de certains dispositifs de soutien publics, et quelles sont les conséquences sur les investissements et le développement de nouvelles capacités solaires en France ?
Le modèle économique du solaire évolue. Les mécanismes de soutien public ont joué un rôle déterminant dans le développement et la structuration de la filière photovoltaïque en France. Aujourd’hui, alors que la technologie a gagné en maturité, ces dispositifs évoluent et les producteurs doivent davantage diversifier leurs modèles économiques.
Nous voyons notamment se développer les contrats de long terme conclus directement avec des entreprises, les PPA, l’autoconsommation, mais aussi des modèles associant production renouvelable et flexibilité. L’enjeu n’est plus seulement de produire des mégawattheures renouvelables, mais aussi de mieux valoriser cette production en fonction des besoins du système électrique.
Pour autant, les investissements dans le solaire restent des investissements de long terme. Les producteurs et les financeurs ont donc besoin d’un cadre réglementaire stable et d’une visibilité suffisante sur les trajectoires de développement. Des évolutions trop brutales ou une incertitude durable sur les mécanismes de soutien peuvent fragiliser l’équilibre économique de certains projets, retarder les décisions d’investissement et, à terme, ralentir le développement de nouvelles capacités.
L’enjeu est donc de réussir la transition vers des modèles moins dépendants des mécanismes de soutien, sans casser la dynamique d’investissement nécessaire à l’atteinte des objectifs énergétiques français. Pour Corsica Sole, cette évolution passe notamment par la diversification des modèles de valorisation du solaire et par le développement du stockage, qui permet d’apporter davantage de flexibilité au système électrique.
Propos recueillis par Jean-Guy Debord









